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jeudi 18 avril 2013

Comment déterminer la valeur d’entreprise du non coté : DCF, multiples ou multicritère ?


Philippe Campos, Expert près la Cour d’Appel de Paris en évaluation d’entreprise et de droits sociaux, Associé Gérant, AFIVAL Audit&Conseil.

La méthode des DCF et celle des multiples sont, de loin, les plus populaires dans le monde des affaires aujourd’hui. Mais une approche unique dans ce domaine montre ses limites.


La méthode des DCF...

Fondamentalement et sauf cas particulier, la valeur d’un actif économique doit correspondre à ce qu’il est susceptible de rapporter. Telle est la « philosophie » de la méthode des DCF puisqu’il s’agit de déterminer la valeur d’aujourd’hui des flux de trésorerie futurs disponibles générés par les actifs de la société.

Ainsi, les deux données essentielles à considérer dans cette méthode sont d'abord les flux de trésorerie, qui sont déterminés sur la base de la profitabilité attendue de l’investissement (Ebitda) et des incidences sur la trésorerie de la variation du BFR et des investissements de croissance, puis le coût du capital (WACC), qui est utilisé pour l’actualisation des flux futurs.

Il est souvent reproché à cette méthode sa forte sensibilité aux paramètres retenus dans les flux de trésorerie et du coût du capital, d’autant que la valeur terminale, qui est déterminé sur la base d’un flux « à l’infini », représente généralement plus des deux tiers de la valeur d’entreprise. Cette critique est assez courante dans le monde du capital investissement. Ainsi, le guide d’évaluation de l’IPEV (International Private Equity and Venture Capital - édition de décembre 2012) attire l’attention des inconvénients de cette méthode qui implique, selon eux, un niveau important de subjectivité dans la détermination des prévisions de trésorerie, de la valeur terminale et du taux d’actualisation. Ainsi, l’IPEV recommande d’utiliser cette méthode uniquement à titre de recoupement.


Et ses limites...

Ces critiques ne sont pas totalement infondées puisqu’il est vrai que les flux futurs de trésorerie reposent sur des prévisions qui sont, par définition, incertaines, et que le taux d’actualisation impacte sensiblement la valeur. En réalité, comme toute méthode d’évaluation, la méthode des DCF peut être réalisée de manière arbitraire, intégrant des données totalement occultes, sans aucune référence de marché et sans aucune réelle analyse stratégique de la firme. Ainsi, afin de limiter la subjectivité qui pourrait résulter de la mise en œuvre de la méthode des DCF, plusieurs recommandations doivent être considérées, en particulier :

- Il est essentiel de comprendre les fondamentaux de l’entreprise (positionnement stratégique et avantages concurrentiels durables). Cette analyse est un préalable indispensable afin d’apprécier la fiabilité des prévisions et le potentiel de création de valeur.

- Etablir le lien entre la profitabilité historique et celle qui est attendue dans les cashflow futurs. Ainsi, il convient d’être particulièrement d’être vigilant sur les fortes croissances du chiffre d’affaires ou d’améliorations du taux de marge.

- Les données utilisées dans le cadre de l’évaluation doivent faire l’objet d’une transparence absolue et les sources mentionnées.

- Les paramètres du taux d’actualisation (taux sans risque, beta, primes de risque…) doivent, dans la mesure du possible, faire référence à des données de marché.

- Le taux d’actualisation (WACC) doit s’analyser à l’aune de la rentabilité observée sur les chiffres historiques de la société et ceux des sociétés comparables, car la création de valeur suppose que le taux de rentabilité effectif de l’actif économique soit supérieur au coût du capital (ROCE>WACC). Cette étape, pourtant fondamentale dans l’analyse du potentiel de création de valeur, est souvent négligée dans le cadre d’une évaluation d’entreprise.

Ainsi, cette méthode n’est pas antinomique avec la vision d’un investisseur en capital puisque celui-ci s’intéresse aux prévisions de la société préalablement à son investissement. Il apprécie le potentiel de création de valeur de la société à l’aune des avantages concurrentiels durables, qui sont en principe reflétés dans le plan d’affaires. De plus, un investisseur aguerrit et impartial connaît le taux de rentabilité minimal attendu de son investissement qui reflète sa perception du risque associé à la capacité à atteindre les résultats futurs projetés dans le cadre de la modélisation de son plan de financement (via la modélisation d’un TRI).


La méthode des multiples...

L’attrait de cette approche résulte de la possibilité de déterminer une valeur en comparaison directe avec des données de marché.

Cette approche à la faveur des professionnels du capital investissement et de nombreux groupes engagés dans un processus de croissance externe. Les « partisans » de cette approche en vantent souvent la simplicité et sa cohérence avec les prix observés sur le marché. Il est vrai qu’elle permet de situer la valeur d’une entreprise par rapport aux standards du marché ou du niveau de prix généralement accepté par les investisseurs. Ainsi, un investisseur sera parfois « rassuré » par un investissement réalisé en adéquation avec la perception du marché, quand bien même le marché surévalue un secteur d’activité ou que la société présente de nombreuses faiblesses par rapport aux principaux acteurs de la filière par exemple.


... et ses limites

La relative simplicité de cette approche en conduit certains à évaluer une société en faisant abstraction des fondamentaux de la société et des caractéristiques de l’échantillon retenus. Ainsi, de nombreuses limites sont observées dans la mise en œuvre de cette approche, en particulier :

- La difficulté d’identifier de réels comparables en termes d’activité, de taille, de croissance et de rentabilité. L’analyse du positionnement stratégique de la société à évaluer est alors fondamentale afin d’identifier un échantillon pertinent dans la mesure du possible.

- Lorsque l’échantillon est constitué de sociétés cotées, les PME et ETI n’ont pas nécessairement un flottant et une liquidité suffisante pour assurer la pertinence du cours de bourse.

- Les méthodes comptables hétérogènes entre les sociétés de l’échantillon et la société à évaluer peuvent conduire à créer de réelles distorsions. Ces divergences peuvent conduire à augmenter ou diminuer le multiple déterminé. De plus, l’information n’est pas nécessairement disponible pour pouvoir correctement retraiter les données comptables.

- L’ensemble des informations concernant l’échantillon retenu n’est pas nécessairement connu (dépenses exceptionnelles, troubles sociaux, nouveaux contrats ou pertes de contrats…).


L’approche multicritère, la règle chez les professionnels de l’évaluation

Les professionnels de l’évaluation retiennent généralement une approche multicritère pour évaluer une société. Cette approche est fortement recommandée par les différentes autorités professionnelles et la doctrine dont dépendent ces professionnels. Il en est ainsi des missions de commissariat aux apports et à la fusion, des expertises indépendantes AMF ou bien encore de l’évaluation à dire d’expert prévue à l’article 1843-4 du code civil.

Sur le plan pratique, l’analyse multicritère peut permettre de mettre en évidence des hypothèses irrationnelles ou trop optimistes (multiple très élevé qui impliquerait des hypothèses de croissance sous-jacentes significatives et fantaisistes…). Il est également important de souligner que, dans le cadre d’une approche multicritère, la méthode des DCF est majoritairement considérée comme la méthode à privilégier par les professionnels de l’évaluation. La méthode des multiples étant généralement utilisée à titre de recoupement, contrairement aux recommandations de l’IPEV. La méthode des DCF est également une approche fondamentale dans le cadre de la mise en œuvre des tests de dépréciation des actifs incorporels liés à des opérations de croissance externe ou sur la valeur des titres de participation.

Ne serait-ce qu’à titre de recoupement, les investisseurs peuvent avoir intérêt à modéliser un DCF préalablement à un investissement pour, au moins, les raisons suivantes :

- L’analyse des perspectives intrinsèques de la société peut conduire à modéliser un DCF et identifier le potentiel de création de valeur, au-delà de la perception du marché. Cette remarque sera d’autant plus vraie que l’échantillon retenu dans le cadre de la méthode des multiples est assez souvent imparfait.

- Anticiper les tests de dépréciation futurs au regard du business plan initial et des risques de « décrochages » des prévisions financières sous-jacentes.

- Prévoir l’impact possible des cas de sorties « conflictuelles » d’associés qui sont, assez souvent, traitées sous l’article 1843-4 du code civil. Conformément à la jurisprudence, l’expert désigné aura toute latitude pour choisir les méthodes d’évaluation qu’il juge pertinente. Ainsi, il pourra écarter les méthodes d’évaluation prévues dans les statuts en cas de sortie d’un associé (multiple prédéfini, application d’une décote automatique en cas de départ anticipé…). Rester sur le terrain du rationnel

Toutes les méthodes d’évaluation présentent des avantages et inconvénients. Le choix de la méthodologie devrait être une question de fait et non pas selon les préférences de chacun. Les méthodes retenues doivent permettre de situer la valeur d’entreprise dans une fourchette. Le prix, quant à lui, sera fortement influencé par une négociation entre les parties dans le cadre d’une opération de fusion/acquisition. L’approche multicritère aidera l’évaluateur de se représenter, dans la mesure du possible, le prix qui pourrait être obtenu par le jeu de l’offre et de la demande. Par contre, il sera difficile pour un évaluateur de modéliser les comportements « irrationnels », qui peuvent parfois être observés dans le cadre de négociation pour déterminer le prix de transaction d’une entreprise. En d’autres termes, l’évaluation doit rester sur le terrain du rationnel et l’approche multicritère doit aider l’évaluateur dans ce processus ; par contre, le prix est parfois irrationnel, une méthodologie isolée et obscure en constitue alors le socle. __

Article publié sur Corporate Finance News (http://www.cfnews.net)__

dimanche 18 novembre 2012

Les sociétés cotées doivent mieux justifier leur taux d’actualisation utilisé pour les tests de dépréciation des goodwill et incorporels

L’AMF vient d’émettre le 16 novembre 2012 sa recommandation relative à l’arrêté des comptes 2012. C’est dans ce cadre que l’AMF attire l’attention sur la nécessité, pour les émetteurs, de décrire en annexe la manière dont les taux d’actualisation sont déterminés et à s’assurer de la cohérence de ces derniers par rapport aux risques pris en compte dans les flux de trésorerie futurs.

L’AMF observe que les écarts entre la valeur de marché et les capitaux propres des sociétés s’accentuent en 2012, ce qui constitue un indice qu’une dépréciation peut être nécessaire. Les tests de dépréciation font appel au jugement de la direction. Il est donc important que les hypothèses retenues soient explicitées en annexe. Outre la nécessité d’apporter des indications sur les sensibilités des résultats à des variations d’hypothèses clés, notamment sur les hypothèses opérationnelles sur la durée du plan d’affaires, il est souligné l’importance de mieux justifier les taux d’actualisation retenus dans le cadre des tests de dépréciation.

Notre étude sur le coût du capital (taux d’actualisation) retenu par les sociétés du SBF120 (de 2008 à 2011) avait montré que les principales hypothèses du taux d’actualisation étaient peu motivées, voire aucun taux d’actualisation mentionné. Au final, nous observions que les taux d’actualisation avaient, dans la plupart des cas, peu évolués depuis 2008. Ainsi, le lecteur des rapports annuels dispose dans de nombreux cas d’une information limitée pour apprécier les critères justifiant l’absence de dépréciation (données opérationnelles des plans d’affaires limitées pour des raisons de confidentialité et peu ou pas d’explication sur les composantes du taux d’actualisation).

En conséquence, il apparaît souhaitable que les sociétés expliquent les principales hypothèses du taux d’actualisation, notamment sur le taux sans risque, le beta, le gearing, la prime de risque de marché, les primes de risque spécifique, le taux de la dette. Ces améliorations permettront d’apprécier de manière plus pertinente la sensibilité des incorporels (et donc de la valeur des fonds propres) aux variations du taux d’actualisation.

Nous verrons dans quelques mois si les "encouragements" de l’AMF auront suffi pour faire évoluer les pratiques actuelles de nombreux groupes cotés.

Philippe Campos Associé Afival

Article publié dans le Cercle Les Echos

mardi 1 février 2011

Primes de risques des experts indépendants AMF 2010

Pour faire suite à notre analyse des primes de risques observées sur le 1er semestre 2010, nous avons complété notre étude par une analyse des primes de risques sur toute l'année 2010 utilisée par des experts indépendants nommés sur des opérations d'offres publiques. Seules les opérations où la prime de risques est clairement mentionnée par l'expert indépendant ont été retenues. Ainsi, 24 opérations ont été recensées sur le site de l'AMF. L'absence de consensus dans les modalités de détermination de cette prime -et donc dans les sources utilisées- est assez marquante.

Les primes de risques des experts indépendants en 2010 présentent les caractéristiques suivantes :

  • Plancher : 4,5%
  • Plafond : 8,08%
  • Moyenne : 6,21%
  • Médiane : 6,13%

Le niveau des primes de risque apparaît en augmentation par rapport au 1er semestre 2010 (moyenne à 5,79% au 1er semestre). Il convient de noter que cette augmentation ne traduit pas une tendance de marché mais résulte du choix des experts nommés sur les opérations qui utilisent des sources différentes (les experts Ledouble et Détroyat nommés surtout au 2ème semestre utilisent des primes de risque beaucoup plus élevées et des sources différentes en comparaison des données utilisées par les experts nommés au 1er semestre 2010 comme les cabinets Ricol ou Accuracy). Certains experts utilisent la moyenne des primes de risques antérieurement constatées sur les précédentes offres, ce qui conduit à artificiellement maintenir un niveau de primes élevé. D’autant que la tendance actuelle devrait plutôt conduire à observer une diminution des primes de risques en raison de la hausse des taux sans risque. Les primes de risques des offres présentent les caractéristiques suivantes :

  • Plancher : 5%
  • Plafond : 9,76%
  • Moyenne : 6,89%
  • Médiane : 6,70%

Les primes publiées dans les offres apparaissent très élevées, mais l’écart avec les experts indépendants se réduit sensiblement par rapport à nos observations du 1er semestre.

Sur la base de ces seules observations, la prime de marché se situerait actuellement entre 5% et 7% environ.

lundi 2 août 2010

Les primes de risque du marché actions observées sur les offres publiques de janvier à juillet 2010

L’analyse des primes de risque observées sur la période du mois de janvier à juillet 2010 confirme l’absence de consensus dans les modalités de détermination de cette prime.

Nous avons identifié 14 opérations d’offres publiques (OPA, OPR…) dont les modalités financières de l’offre sont revues par un expert indépendant. Il est à noter que seuls 6 experts indépendants différents sont intervenus sur ces opérations, étant précisé que le cabinet « leader » dans ce domaine est Ricol Lasteyrie & Associés (5 opérations sur la période analysée).

Les primes de risque du marché actions observées présentent les caractéristiques suivantes :

Prime de l'expert :

  • Plancher : 4,50%
  • Plafond : 7,91%
  • Moyenne : 5,79%
  • Médiane : 5,70%

Les experts indépendants utilisent des sources externes : associé en finance, bloomberg, Natixis Securities (disponible dans le journal des finances), Detroyat, Fairness Finance, historique des primes des offres, recherches académiques. Certains experts retiennent une moyenne de différentes sources.

Prime de l'offre

  • Plancher : 5,00%
  • Plafond : 7,70%
  • Moyenne : 6,66%
  • Médiane : 6,60%

Les banquiers conseils utilisent des sources externes, mais certains utilisent leur propre prime de risque (SG…), ce qui explique, en grande partie, le niveau de prime de risque plus élevé.

Source : AMF et analyses AFIVAL

La prime de risque « Associé en Finance » apparaît comme la plus utilisée, étant précisé que les résultats peuvent différer sensiblement au sein de cette même base puisque certains utilisent une prime moyenne, alors que d’autres utilisent une prime spot (ex : sur une même opération, la banque conseil retient une moyenne 3 mois de la prime « Associé en Finance » (6,88%) et l’expert indépendant retient une prime spot « Associé en Finance » (5,21%). L’utilisation d’une prime spot apparaît plus pertinente dans la mesure où elle traduit les prévisions du marché les plus récentes ; de plus, retenir une moyenne peut conduire à créer une distorsion avec le taux sans risque dès lors où celui-ci est spot, étant précisé que, pour pallier à ce biais, certains retiennent une moyenne OAT…).

L’autre base de données très utilisée est la base Bloomberg (surtout par les banques conseils) ; l’analyse des présentations des offres montre que les paramètres de calculs (quand ils sont précisés !) diffèrent au sein de cette même base de données (moyenne 1 mois SBF 120, moyenne 12 mois zone euro…).

L’utilisation de moyennes entre plusieurs sources me semble pouvoir être utilisée dans la mesure où elles sont censées représenter le même paramètre (même si le mode de calcul change). Ceci étant, certains experts y sont totalement opposés. L’utilisation d’une moyenne doit être faite avec prudence au regard de l’inadéquation éventuelle entre la prime de risque moyenne et un taux sans risque spot.

Il est à noter que certaines primes de risque ont été ajustées afin d’intégrer notamment les caractéristiques attachées aux risques pays et aux activités nouvelles.

Un expert a ajusté la prime de risque au titre de l’effet taille (société plus petite que celle de l’échantillon Bêta) et non pas en intégrant une décote de taille.

Ces observations permettent d’identifier les « tendances » acceptables, ou tout du moins, acceptées, même s’il est surprenant de voir l’importance des écarts identifiés sur des paramètres en principe homogènes (et donc l’impact possible sur les niveaux valorisation !). Le niveau de prime de risque observé laisse également à penser qu’actuellement les investisseurs ont une aversion au risque relativement forte.

A titre de recoupement, il apparaît intéressant de citer une étude récente réalisée par Pablo Fernandez et Javier del Campo (IESE Business School – 21/05/2010) qui repose sur un sondage avec 2.400 réponses. Cette étude a pour objet de mettre en évidence les primes de risque de marché utilisées par les analystes et les sociétés.

La prime de risque utilisée en Europe représente une moyenne et une médiane de 5%. L’utilisation de la prime « Damodaran » apparaît prépondérante en Europe (remarque : La prime de marché Damodan est de 5,1% en juillet 2010). Ceci étant, on peut s’interroger la pertinence de l’utilisation d’une prime de risque reposant sur un indice US (S&P 500) en Europe, étant précisé qu’il est vrai que le risque pays (4,5% d’après Damodaran, janvier 2010) est identique entre les USA et les pays Européens « leader » (Allemagne, France…). Les spécificités du S&P500 en comparaison de celles du CAC40 (ou d’un indice européen) restent posées. Il est à noter qu’en France, la moyenne utilisée est de 5,6% et la médiane de 5,5%, soit des données comparables à celles des Experts Indépendants (Attention : uniquement 20 réponses obtenues pour la France).

Sur la base de ces seules observations, la prime de risque de marché se situerait actuellement entre 5% et 6%.

mardi 27 juillet 2010

L’AMF actualise ses recommandations sur l’expertise indépendante

L’AMF vient de mettre à jour ses recommandations relatives à l’expertise indépendante publiée à l’origine en 2006. Outre les modalités de désignation et d’exercice de l’expert indépendant, ces recommandations abordent la méthodologie et les principes que l’expert doit suivre dans le cadre de sa mission. Le texte de ces recommandations est accessible ici.

Il est rappelé que la mission de l’expert indépendant résulte de dispositions du règlement général de l’AMF et porte sur des sociétés cotées. La nomination d’un expert indépendant peut être obligatoire (cas d’offres publiques et des retraits obligatoires notamment) ou résulter d’une base volontaire.

L’évaluation financière réalisée dans ce cadre présente la particularité de porter sur des titres faisant l’objet d’une cotation, censée représenter leur valeur vénale.

Le §4 présente un certain intérêt puisque les principes fondamentaux que l’expert indépendant doit suivre sont précisés et, à mon avis, ils sont identiques dans d’autres contextes (commissaire aux apports et à la fusion, tests de dépréciation « comptables »…) :

i) Le principe d’examen critique Au-delà du traitement des données chiffrées, l’expert doit apprécier la pertinence des informations mises à sa disposition. La démarche demandée implique de conduire un véritable audit stratégique de la société, afin d’être en mesure d’apprécier les forces et faiblesses de la société, ainsi que les menaces et opportunités du secteur (cf modèle SWOT !). Le plan d’affaire utilisé dans les travaux d’évaluation est susceptible d’être modifié par le management de la société (à la demande de l’expert) ou par l’expert lui-même. Ceci étant, à mon avis, sauf cas d’hypothèses fantaisistes ou incohérentes, il est délicat pour un expert financier de remettre en cause, de lui-même, un plan d’affaires en l’absence de faits tangibles.

ii) Le principe de transparence L’ensemble des informations importantes (sources, hypothèses, méthodologies, sensibilité…) doivent être mentionnées dans le rapport de l’expert. Les méthodes d’évaluation étant sujettes à discussion, ce principe apparaît fondamental, afin que les tiers soient en mesure d’apprécier la pertinence des hypothèses retenues.

iii) Les principes de cohérence et de pertinence L’expert doit s’assurer de la cohérence de chaque paramètre retenu dans le cadre de l’exercice d’évaluation financière. Il convient de préciser que les cas évoqués par l’AMF apparaissent limités bien qu’elle n’en précise pas le caractère limitatif. L’AMF évoque le cas de la cohérence des données avec celles d’autres évaluations mises en œuvre effectuées préalablement. A mon sens, cet examen est très important dans la mesure où il est courant pour une société cotée de devoir formaliser des tests de dépréciation de certains de ces actifs (titres de participation, incorporels en particulier) ; l’objectif n’étant pas le même dans le cadre d’un test de dépréciation (éviter une dépréciation par exemple !), certaines sociétés n’ont pas de « scrupule » à retenir des hypothèses divergentes dans un contexte différent.

Les principes édictés par l’AMF n’apparaissent pas fondamentalement novateurs, mais ont le méritent d’être écrits et conduisent, par conséquent, à renforcer le rôle d’un expert indépendant dans ce contexte.