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jeudi 3 janvier 2013

Prime de risque de marché : laquelle choisir pour les évaluations financières ?

La prime de risque de marché est un paramètre fondamental à choisir lors de la détermination du taux d’actualisation, le plus souvent dans le cadre de la mise en œuvre de la méthode d’évaluation des Discounted cash flows (DCF). La question cruciale est alors de savoir quelle prime de risque de marché retenir, ou plutôt, quelle est l’approche qui apparaît la plus pertinente, notamment au regard des autres composantes du taux d’actualisation et du contexte économique. Le présent article a pour objet de donner quelques pistes de réflexions au regard des pratiques actuelles et non de trancher un sujet qui fait toujours débat.

Les principales méthodes de détermination des primes de risque

En pratique, la prime de risque est égale à la différence entre le rendement observé sur le marché à partir d’un indice de référence et le taux sans risque. De manière assez synthétique, nous pouvons dire qu’il existe trois grandes approches pour estimer les primes de risque de marché :

- L’approche basée sur les rentabilités historiques des actifs qui repose sur l’observation des performances historiques d’un marché donné.

- L’approche implicite (ou prospective), qui est en principe déterminée à partir des prévisions de résultats et/ou de cash flow des analystes et du niveau actuel d’un indice boursier de référence.

- L’approche par sondage, où les investisseurs communiquent leur estimation de la prime de risque pour le futur. En pratique, ce type de sondage est souvent réalisé auprès d’un public diversifié (investisseurs, dirigeants, directeurs financiers et universitaires).

Malheureusement, au sein de chaque méthodologie, plusieurs variantes de calcul sont possibles, conduisant à élargir la fourchette des primes de risque observées. Par exemple, les primes de risque historiques peuvent sensiblement varier selon la période de référence, le choix de la moyenne (arithmétique ou géométrique), le taux sans risque de référence… Il en est de même des primes de risques implicites où plusieurs modèles de calculs sont usités ; les modèles basés sur les flux de dividendes futurs apparaissent assez couramment utilisés, mais là encore, quelle que soit l’approche utilisée, les variables de base peuvent varier sensiblement (taux de croissance des dividendes, indice de référence utilisé…). Ainsi, à ce jour, il n’existe aucun réel consensus dans la détermination de la prime de risque.

Au regard de ces observations, les résultats obtenus peuvent sensiblement varier selon la méthodologie et les variables utilisées. Théoriquement, l’approche implicite est celle qui apparaît la plus pertinente dans le cadre de la mise en œuvre d’une évaluation financière basée sur les DCF (tant que le marché est rationnel !). Les principaux arguments qui justifient ce postulat sont les suivants :

- La prime de risque repose sur des données prévisionnelles en cohérence avec la méthodologie utilisée dans les DCF puisque nous cherchons à actualiser des flux futurs.

- La prime de risque est déterminée sur la base d’un indice boursier et du taux sans risque actuels, traduisant ainsi la réalité du marché.

- La prime de risque historique ne reflète pas nécessairement celle du futur ; à défaut, cela revient à considérer que la prime de risque est invariable à travers le temps alors que les fondamentaux économiques et l’aversion au risque des investisseurs se modifient en permanence, y compris à long terme.

Toutefois, la pertinence de ces remarques dépendra également de la fiabilité des primes de risque qui sont parfois, très, pour ne pas dire trop, complexe ou totalement occulte. De plus, l’efficience des marchés doit également être considérée. Ainsi, la transparence des modèles de détermination des primes de risque reste un gage de fiabilité (cf en particulier l’approche retenue par A.Damodaran).

La prime de risque de marché et son impact dans les évaluations financières

Le choix de la prime de risque de marché n’est pas neutre dans le cadre la mise en œuvre d’un DCF. En effet, c’est une variable importante du coût des capitaux propres. Il est surprenant que certains évaluateurs puissent prétendre le contraire considérant qu’il s’agit d’une donnée accessoire. Certes, il s’agit que d’un élément parmi d’autres à considérer dans une évaluation financière, mais il suffit d’observer la sensibilité de la valeur d’une action au taux d’actualisation pour se convaincre qu’il s’agit d’un paramètre fondamental dans la mise en œuvre d’un DCF. Ainsi, dans une hypothèse où seul le coût des capitaux propres serait constitutif du coût du capital (sans impact du coût de la dette) et d’un beta de 1, une modification de la prime de risque impacterait sensiblement le taux d’actualisation et, par conséquent, la valeur d’une action.

Exemple

- Taux sans risque : 2 %, prime de risque : 4 %, Beta : 1, le cout des capitaux propres (et donc le coût du capital en l’absence d’endettement net) serait de 6 %.

- Taux sans risque : 2 %, prime de risque : 8 %, Beta : 1, le coût des capitaux propres (et donc le coût du capital en l’absence d’endettement net) serait de 10 %.

Toute chose étant égale, un écart de +4 points de la prime de risque serait susceptible d’entraîner une baisse de la valeur d’une action de l’ordre de 55 % ! De tels écarts ne sont pas toujours fantaisistes, puisque l’analyse des notes d’offre AMF 2012 montre que la fourchette des primes de risque est de 5,2 %-10,1 % pour les banques présentatrices et de 4,5 %-9,5 % pour les experts indépendants. Bien entendu, un gearing de la dette important et un beta faible conduiraient à nuancer ce constat.

À titre d’information, il est également intéressant d’observer que les experts indépendants AMF testent la sensibilité de la valeur d’une action au taux d’actualisation sur une base généralement comprise entre +/- 0,5 % à 1 %. Cette sensibilité se traduit par une variation de la valeur de l’action comprise en moyenne à environ +/- 6/7 % (source : observations faites sur la base des rapports des experts indépendants des notes d’offres AMF 2012).

Ces observations confirment que la prime de risque de marché peut avoir un impact sensible sur la valeur des actions. Le choix de celle-ci doit, par conséquent, faire l’objet d’une attention particulière.

Quelles sources retenir ?

Certains évaluateurs indiquent que la prime de risque est celle du "consensus" de place à partir de moyennes de primes de risque d’origines diverses et variées. Or, l’observation des différentes primes de risque déterminées montre qu’il n’existe aucun consensus réel. Néanmoins, il n’est pas exclu de choisir la prime de risque sur la base des observations de plusieurs références en justifiant de ses choix.

Toutefois, il convient d’être particulièrement vigilant lors de la prise en compte de la prime de risque. Par exemple, retenir une prime de risque historique de 4 % conduit à minorer le taux d’actualisation et donc à probablement surévaluer la valeur d’une action. En effet, le niveau actuel peu élevé du taux sans risque (~2 %) n’est pas cohérent avec les taux sans risque utilisés pour la détermination des primes de risques historiques. De plus, cela revient implicitement à considérer que le marché est sous-évalué dans la même proportion.

Il existe une multitude de sources fournissant les primes de marché (Universitaires, Ouvrages, Sociétés de conseil…). Les primes de risques implicites sont généralement calculées par des sociétés d’analystes et de conseil (Associés en Finance, Fairness Finance, Idmidcap, primederisque.com…) ou des banques.

prime de risque de marché

Nous communiquons ici certaines références récentes de primes de risque souvent citées par les évaluateurs.

Les études universitaires portent principalement sur les primes de risque de marché historiques et celles obtenues par sondages.

L’analyse des notes d’offres AMF montre que les banques et les experts disposent d’une certaine latitude dans le choix de la prime de risque, tout du moins vis-à-vis de l’AMF. Les primes de risque des notes d’offre AMF sont en grande majorité des primes de risque implicites (~75 % des cas) dont les niveaux sont actuellement plus élevés que les primes de risque historiques en raison du niveau faible du taux sans risque et des conditions actuelles du marché.

Le choix des experts indépendants AMF en 2012

L’analyse du choix des experts indépendants AMF en 2012 est intéressante. Les principales références citées sont Associés en Finance (27 % des cas), Fairness Finance (12 % des cas), Natixis (13 % des cas). La moyenne des primes de risques observées sur les notes d’offres antérieures est également régulièrement utilisée (15 % des cas). Par contre, nous pouvons observer des divergences de prime pour une même source puisque certains utilisent différentes moyennes (3 mois, 6 mois…) et d’autres des données spot. Les sources Associés en Finance et Natixis sont celles qui donnent les niveaux de primes de risque les plus élevés (>8 %) alors que, sans surprise, les références aux primes historiques issues d’études universitaires sont les plus faibles (< ou = à 5 %). Les primes de risque implicites se situent principalement dans une fourchette comprise entre 7 % et 8 %.

Nous observons une augmentation constante de la moyenne des primes de risque retenues par les experts indépendants AMF depuis 2010 (6,2 % en 2010, 6,6 % en 2011 et 7,4 % en 2012). Cette augmentation traduit à la fois les conditions actuelles du marché et, dans une moindre mesure, le choix des experts indépendants qui restent fortement concentrés sur un nombre réduit d’acteurs dans la mesure où ces derniers utilisent des sources différentes.

Le choix de la prime de risque de marché doit également être conduit par les facteurs implicites et qualitatifs déterminant les niveaux de primes de risque de marché. Il s’agit principalement de l’aversion au risque des investisseurs, situation économique du pays, liquidité du marché, incertitude dans les décisions politiques (notamment liée à la fiscalité…). Ces critères doivent également considérés dans le choix final de la prime de risque à utiliser.

Les primes de risque de marché retenues par les banques sont traditionnellement plus élevées et sont, en moyenne, elles aussi en augmentation depuis 2010 (6.9 % en 2010, 6.7 % en 2011 et 7.5 % en 2012). Les sources utilisées sont régulièrement internes aux banques présentatrices, mais elles sont parfois externes (Detroyat, Associés en Finances, Factset, Bloomberg notamment).

Les primes de risques spécifiques

Les principales primes de risques spécifiques prises en compte dans le taux d’actualisation sont liées :

- Au risque Pays dès lors où les activités de la société sont réalisées dans différents pays avec des risques sous-jacents différents ; ainsi, les pays susceptibles de pratiquer une nationalisation conduiront les investisseurs à considérer une prime spécifique afin de traduire ce risque… Les données mises à disposition sur le site de la NYU Stern (A.Damodaran) sont souvent utilisées pour déterminer ces primes de risques spécifiques.

- Au risque de taille et/ou liquidité dès lors où la société étudiée présente une taille et/ou une liquidité plus faibles que celle de l’indice étudié pour le calcul de la prime de risque de marché. L’étude annuelle du cabinet Morningstar (ibbotson) est souvent utilisée pour déterminer la prime de taille adéquate. Dans les notes d’offre AMF, ce type de prime est généralement utilisée pour les capitalisations avoisinant ou inférieures à 100 M€. Ceci étant, certains évaluateurs ne retiennent pas de prime spécifique malgré la taille réduite de la société. En 2012, la prime de taille moyenne qui ressort des notes d’offre est de 2,6 % pour les experts indépendants et 2,1 % pour les banques. Le choix de la prime de taille devrait être effectué à l’aune du choix de la prime de risque de marché (différentiel à observer selon que l’évaluateur retienne une prime de risque calculée en référence du CAC40 ou d’un indice Smidcap par exemple).

- D’autres primes spécifiques sont parfois considérées, telles que, par exemple, pour compenser un business plan jugé trop volontariste ; dans ce cas, il conviendra de chiffrer ce risque dans le cadre de l’évaluation des cash flows afin d’éviter les primes spécifiques trop arbitraires. Ces primes spécifiques sont souvent pratiquées dès lors où le management de la société évaluée ne souhaite pas dégrader son business plan. Attention toutefois à ne pas considérer des risques qui devraient se situer à un autre niveau (ex. : un niveau d’endettement élevé qui devrait plutôt se situer dans le coût de la dette avec un spread plus important).

Nous avons pu observer qu’il n’existait pas de véritable consensus quant à la détermination de la prime de risque de marché. Néanmoins, dans le cadre d’une évaluation financière, il apparaît souhaitable de ne pas trop s’écarter des primes de risque implicites actuellement observées afin d’être cohérent avec le marché et des autres approches d’évaluation qui pourraient être mises en œuvre, en particulier les multiples boursiers. Il faut toutefois rester dans un cadre rationnel. Par exemple, une prime de risque "trop" élevée pourrait conduire à considérer un taux de rentabilité minimal irréaliste. De la même façon, le choix de certaines primes de risque historiques "peu" élevées risquerait de surévaluer les valeurs, a fortiori au regard du niveau actuel du taux sans risque. Il est donc important de justifier correctement du choix de la prime de risque de marché utilisée pour estimer le coût du capital. Le simple rappel de la source utilisée apparaît insuffisant afin de bien comprendre le raisonnement et les hypothèses de l’évaluateur. En outre, il convient de veiller à garder une certaine cohérence entre les différents paramètres du taux d’actualisation et à l’égard du plan d’affaires retenu dans les DCF.

Philippe Campos, Associé Afival, Expert près la Cour d’appel de Paris en évaluation d’entreprise et de droits sociaux

Article publié dans le Cercle Les Echos

vendredi 3 février 2012

Primes de risque des offres publiques AMF en 2011

Pour la 2ème année consécutive, nous présentons les résultats de l’une de nos études des données de marché consacrée aux primes de risques retenues dans les offres publiques (OPA, OPE…) et en particulier sur la pratique des experts indépendants nommés sur ces opérations. Il est rappelé que les experts indépendants sont en charge d’émettre une opinion sur le caractère équitable des conditions financières proposées par la société initiatrice. La prime de risque de marché est utilisée dans le cadre de la détermination du taux d’actualisation (WACC) considéré dans la mise en œuvre de la méthode d’évaluation financière des Discounted Cash Flows (DCF). Elle traduit le rendement supplémentaire d’une action attendu par un investisseur par rapport à un placement non risqué.

Seules les opérations où la prime de risque est clairement mentionnée par l'expert indépendant ont été retenues. Il est à noter que certaines opérations ne donnent pas lieu à la mise en œuvre de la méthode des DCF, en particulier sur les foncières et fonds d’investissements. Ainsi, 43 opérations (contre 24 opérations en 2010) ont été recensées sur le site de l'AMF.

Les primes de risques des experts indépendants en 2011

  • Plancher : 4.5% (comparable à 2010)
  • Plafond : 9.3% (8.1% en 2010)
  • Moyenne : 6.6% (6.2% en 2010)
  • Médiane : 6.5% (6.1% en 2010)

Source : AMF et analyse Afival

Le niveau des primes de risque apparaît en augmentation par rapport à 2010. Néanmoins, cette augmentation doit être interprétée avec nuance dans la mesure où nous observons une augmentation sensible du nombre des offres publiques, ce qui conduit à quelque peu diluer l’impact du choix de l’expert indépendant qui utilise des niveaux de prime divergents (ex : la prime moyenne utilisée par le cabinet Ricol Lasteyrie ressort à 6,3% sur 9 opérations contre 7.4% pour le cabinet Détroyat et associés sur 4 opérations).

Les sources les plus utilisées par les experts sont : Associés en Finance (31% avec une prime moyenne de 6.6%), Natixis (21% avec une prime moyenne de 6.9%), Détroyat et Associés (8% avec une prime moyenne de 7.4%) et Fairness Finance (8% avec une prime moyenne de 6.7%). Il est à noter qu’une même source peut aboutir à des résultats différents (données spot et moyennes). L’absence de source de la part de certains experts peut traduire la prise en compte de la moyenne des primes de risques antérieurement observées sur les précédentes offres ou bien encore une référence à des études académiques récentes non citées.

Tout comme en 2010, aucun réel consensus ne se dégage dans le niveau de prime de risque choisi par les experts indépendants.

Les primes de risques des offres Plancher : 3.9% (5% en 2010) Plafond : 10.3% (9.8% en 2010) Moyenne : 6.7% (6.9% en 2010) Médiane : 6.5% (6.7% en 2010) Source : AMF et analyse Afival

Les banques travaillant sur les opérations font beaucoup moins référence à des sources externes (principalement Associés en Finance dans 12% des cas et Factset dans 20% des cas) et utilisent assez régulièrement les données de leur département recherche actions. Les principales banques sont : Oddo Securities (10 opérations avec une prime moyenne de 6,1%) et Société Générale (8 opérations avec une prime moyenne de 8%), étant précisé que cette dernière utilise assez régulièrement des sources externes (Bloomberg, Associés en Finance…). Dans tous les cas, tout comme pour les experts indépendants, aucun réel consensus ne ressort de l’analyse des offres.

Une prime de risque moyenne qui se situe globalement à ~6,5%

A l’inverse de la moyenne des primes de risque retenues par les experts indépendants, la moyenne observée dans les offres est en légère diminution en 2011. Par contre, dorénavant, la moyenne des primes des experts et la moyenne des primes des offres sont similaires (toutes 2 proches de 6,5%).

Les primes de risque spécifiques

Certaines primes de risques spécifiques sont parfois considérées dans l’offre et/ou par les experts indépendants, en particulier les primes de faible taille et de faible liquidité qui apparaissent comprises, dans la majorité des cas, entre 1 et 3%. De manière plus marginale, certaines primes spécifiques sont motivées par le caractère volontariste des hypothèses du plan d’affaire, par une couverture géographique limitée ou bien encore par un niveau d’endettement élevé.

Quelques comparaisons

La prime de risque déterminée par le Professeur Damodaran (NYU Stern) ressort actuellement à environ 6% (déterminée à partir d’un indice de marché US). Par ailleurs, une récente étude du professeur Pablo Fernandez (IESE Business School) fait ressortir une prime de risque obtenue par sondage de 5.9% utilisée en France (compilation de primes de risque utilisées par des professeurs, analystes et management de sociétés, étant précisé que les sources les plus souvent citées par les sondés sont Ibbotson et Damodaran).

Sur la base de ces seules observations, la prime de risque de marché se situerait actuellement entre 6 et 7% avec toutefois un important écart-type. Ainsi, cette étude montre que l’évaluateur dispose d’une certaine latitude dans le choix de la prime de risque dans le cadre d’une évaluation financière.

Février 2012.

jeudi 11 novembre 2010

Test d'impairment IFRS et le coût de la dette

Le CESR a publié le 14 août 2009 une décision concernant la détermination du coût de la dette dans le cadre de l'estimation du coût du capital utilisé pour un test de dépréciation selon le référentiel IFRS (IAS 36).

En substance, le CESR considère que dans l'appréciation du coût de la dette (taux sans risque + spread de la société), le spread utilisé devait refléter les estimations du marché au montant du test de dépréciation et non pas le spread historique de la précédente levée de la dette. Ce principe s'applique y compris si l'entreprise n'a pas l'intention de recourir à de nouveaux financements.

Outre le respect des normes IFRS, ce principe rappelé par le CESR apparaît cohérent avec les principes directeurs d'une évaluation financière selon la méthode des DCF, qui doit intégrer l'ensemble des caractéristiques actuelles du marché.

Le CESR (Committee of European Securities Regulators) a été créé le 6 juin 2001 par une décision de la Commission européenne s'inscrivant dans le cadre des recommandations du Comité des sages sur la régulation des marchés européens de valeurs mobilières.

mercredi 7 juillet 2010

Quel est le véritable coût du capital dans le cadre d’une évaluation de société ?

Peut être pensez-vous que l’objet du présent billet est de répondre à cette question si précise ! En fait, je vais surtout m’efforcer d’apporter des éléments de réflexions sur une problématique qui a fait (et qui continuera à faire) couler beaucoup d’encres. Beaucoup se précipitent à apporter des éléments de réponses en délivrant les formules mathématiques aujourd’hui devenues très courantes dans la plupart des manuels financiers.

Je préfère, tout d’abord, expliquer son objet dans l’évaluation financière de société :

i) Dans la méthode des DCF (Discounted Cash Flows), les flux futurs estimés de trésorerie sont actualisés au CMPC (en principe !)

ii) Le CMPC (voir définition en bas de page) correspond, en fait, à la valeur que les bailleurs de fonds (actionnaires et prêteurs) souhaitent appréhender dans le cadre de leur investissement respectif. Il s’agit alors de déterminer la quote-part des flux de trésorerie estimés qui reviendraient théoriquement aux bailleurs de fonds (via les dividendes et la cession des actions pour les actionnaires et les charges d’intérêts (net d’IS) pour les prêteurs).

iii) En conséquence, et pour illustrer ces observations de manière simple, la valeur actualisée par les DCF correspond à la valeur d’entreprise à la date de l’évaluation (sa valeur actuelle), après la rémunération des bailleurs de fonds. Il est donc logique de considérer que la valeur actualisée soit la partie qui revienne à l’actuel propriétaire des titres de la société.

Ce fondement de la méthodologie des DCF et de l’objet de l’actualisation apparaît primordial. A défaut, les évaluateurs (professionnels ou non) émettront des erreurs de raisonnement importantes, par exemple : L’investisseur n’a d’intérêt d’acquérir des titres d’une société que s’il est en mesure de générer plus de cash flow que ceux projetés pour estimer la valeur de la transaction à partir des DCF : Cette affirmation est fausse, puisque la rentabilité attendue de l’investisseur est directement appréhendée (et donc la valeur qui lui revient) via le taux d’actualisation. Bien entendu, cela implique que le taux d’actualisation soit correctement estimé. Par contre, il est évident que la capacité à générer un cashflow excédentaire permettra d’optimiser la création de valeur et ne peut être que profitable !

Si le coût de la dette apparaît relativement simple à estimer, le coût des fonds propres peut soulever un certain nombre de questions au regard de la nature des paramètres qui influent dans son estimation :

i) Théoriquement, le coût des fonds propres traduit la rentabilité exigé par l’investisseur. Aussi, même si la modélisation financière du coût des fonds propres apparaît importante dans de nombreux contextes (fusions impliquant l’échange d’actions, vérification de l’équité dans le cadre d’une OPA…), il apparaît important, et dans la mesure du possible, de la recouper avec la rentabilité attendue des investisseurs au regard du niveau de risque de l’actif objet de l’investissement. Ainsi, une « bataille » d’experts apparaîtrait sans intérêt s’il s’agit de définir la meilleure méthodologie de détermination d’une prime de risque, dès lors où les résultats obtenus aboutirait à obtenir un coût des fonds propres en totale inadéquation avec les attentes d’un investisseur en capital au regard du marché.

ii) A mon avis, le « meilleur » coût des fonds propres, est celui qu’attend un investisseur en capital aguerri et rationnel (c’est-à-dire uniquement focalisé sur son retour sur investissement), qui connaît les caractéristiques du marché dans lequel se situe la société cible et le profil de risque spécifique de cette société. La limite de ce constat est que : dans un contexte d’acquisition, l’investisseur souhaitera maximiser le coût des fonds propres afin de minimiser la valeur d’acquisition de la cible ! dans un contexte de test de dépréciation, il pourra avoir tendance à le minimiser pour augmenter la valeur et éviter toute dépréciation.

iii) Les modèles de valorisation du coût des fonds propres font l’objet de nombreuses critiques. Ceci étant, peu des contradicteurs émettent des critiques avec des solutions alternatives pertinentes. Aussi, comme tout modèle a ses limites, l’évaluateur doit surtout s’attacher à fournir, de manière totalement transparente, les hypothèses retenues (calcul du beta, prime de risque…).

La crise financière conduit-elle à remettre en cause la notion de coût des fonds propres ?

Tant qu’il y aura des investisseurs, il y aura un coût des fonds propres ! En effet, dans une économie de marché, un investisseur attendra un retour sur son investissement.

Par contre, la crise financière à son apogée (fin 2008/début 2009) a remis en cause sa modélisation financière dans la mesure où celle-ci repose sur une efficience des marchés. En effet, la crise de confiance et de liquidité a engendré des données incohérentes et/ou difficilement exploitables (en particulier les beta et primes de risque). Le sens critique est alors apparu comme la meilleure « arme » pour faire face aux dérives des marchés dans un contexte de modélisation financière du coût des fonds propres.

Aujourd’hui, les marchés sont redevenus plus « rationnels » et peuvent continuer à servir de support pour modéliser le coût des fonds propres, étant précisé que le sens critique reste de mise, y compris dans ce contexte !

Pour conclure, je dirais que les modèles développés pour estimer le coût des fonds propres sont appropriés, ce qui le sont moins parfois ce sont les choix des évaluateurs guidés par la valeur à laquelle ils souhaitent aboutir (choix des comparables pour définir un beta, méthodologie de calcul des primes de risques…) !

Pour y pallier, quelques pistes :

- la simplicité : l’usine à gaz mathématique que seul le concepteur comprend est à proscrire ;

- la transparence : chaque source et chaque choix doivent être expliqués et motivés ;

- l’adéquation avec la réalité économique : connaître les attentes de retour sur investissement d’un investisseur en capital, étant précisé que celle-ci ne correspondent pas forcément aux performances historiques des investissements passés, qu’elles soient favorables ou défavorables. Je reviendrai sans doute dans d’autres papiers sur les facteurs influençant la détermination du coût du capital. Le professeur Damodaran de la Stern Business School (NYU) a réalisé des études très complètes sur chacun des sujets concernant le coût du capital et qui sont téléchargeables depuis son site internet.

CMPC (ou WACC en anglais) :

CMPC (modèle du Medaf) : (Taux sans risque + Prime de risque x Beta) x C/(D+C)) + (Coût de la dette net d’IS) x D/(D+C))

C : Capitaux propres D : Endettement net

Il s’agit donc de la moyenne pondérée de la rémunération exigée par les bailleurs de fonds :

-Actionnaires/associés : coût des fonds propres (la méthodologie mentionnée ci-dessus reste la plus usitée)

-Prêteurs : coût de la dette