afival-leblog.fr

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

Tag - coût du capital

Fil des billets - Fil des commentaires

jeudi 18 avril 2013

Comment déterminer la valeur d’entreprise du non coté : DCF, multiples ou multicritère ?


Philippe Campos, Expert près la Cour d’Appel de Paris en évaluation d’entreprise et de droits sociaux, Associé Gérant, AFIVAL Audit&Conseil.

La méthode des DCF et celle des multiples sont, de loin, les plus populaires dans le monde des affaires aujourd’hui. Mais une approche unique dans ce domaine montre ses limites.


La méthode des DCF...

Fondamentalement et sauf cas particulier, la valeur d’un actif économique doit correspondre à ce qu’il est susceptible de rapporter. Telle est la « philosophie » de la méthode des DCF puisqu’il s’agit de déterminer la valeur d’aujourd’hui des flux de trésorerie futurs disponibles générés par les actifs de la société.

Ainsi, les deux données essentielles à considérer dans cette méthode sont d'abord les flux de trésorerie, qui sont déterminés sur la base de la profitabilité attendue de l’investissement (Ebitda) et des incidences sur la trésorerie de la variation du BFR et des investissements de croissance, puis le coût du capital (WACC), qui est utilisé pour l’actualisation des flux futurs.

Il est souvent reproché à cette méthode sa forte sensibilité aux paramètres retenus dans les flux de trésorerie et du coût du capital, d’autant que la valeur terminale, qui est déterminé sur la base d’un flux « à l’infini », représente généralement plus des deux tiers de la valeur d’entreprise. Cette critique est assez courante dans le monde du capital investissement. Ainsi, le guide d’évaluation de l’IPEV (International Private Equity and Venture Capital - édition de décembre 2012) attire l’attention des inconvénients de cette méthode qui implique, selon eux, un niveau important de subjectivité dans la détermination des prévisions de trésorerie, de la valeur terminale et du taux d’actualisation. Ainsi, l’IPEV recommande d’utiliser cette méthode uniquement à titre de recoupement.


Et ses limites...

Ces critiques ne sont pas totalement infondées puisqu’il est vrai que les flux futurs de trésorerie reposent sur des prévisions qui sont, par définition, incertaines, et que le taux d’actualisation impacte sensiblement la valeur. En réalité, comme toute méthode d’évaluation, la méthode des DCF peut être réalisée de manière arbitraire, intégrant des données totalement occultes, sans aucune référence de marché et sans aucune réelle analyse stratégique de la firme. Ainsi, afin de limiter la subjectivité qui pourrait résulter de la mise en œuvre de la méthode des DCF, plusieurs recommandations doivent être considérées, en particulier :

- Il est essentiel de comprendre les fondamentaux de l’entreprise (positionnement stratégique et avantages concurrentiels durables). Cette analyse est un préalable indispensable afin d’apprécier la fiabilité des prévisions et le potentiel de création de valeur.

- Etablir le lien entre la profitabilité historique et celle qui est attendue dans les cashflow futurs. Ainsi, il convient d’être particulièrement d’être vigilant sur les fortes croissances du chiffre d’affaires ou d’améliorations du taux de marge.

- Les données utilisées dans le cadre de l’évaluation doivent faire l’objet d’une transparence absolue et les sources mentionnées.

- Les paramètres du taux d’actualisation (taux sans risque, beta, primes de risque…) doivent, dans la mesure du possible, faire référence à des données de marché.

- Le taux d’actualisation (WACC) doit s’analyser à l’aune de la rentabilité observée sur les chiffres historiques de la société et ceux des sociétés comparables, car la création de valeur suppose que le taux de rentabilité effectif de l’actif économique soit supérieur au coût du capital (ROCE>WACC). Cette étape, pourtant fondamentale dans l’analyse du potentiel de création de valeur, est souvent négligée dans le cadre d’une évaluation d’entreprise.

Ainsi, cette méthode n’est pas antinomique avec la vision d’un investisseur en capital puisque celui-ci s’intéresse aux prévisions de la société préalablement à son investissement. Il apprécie le potentiel de création de valeur de la société à l’aune des avantages concurrentiels durables, qui sont en principe reflétés dans le plan d’affaires. De plus, un investisseur aguerrit et impartial connaît le taux de rentabilité minimal attendu de son investissement qui reflète sa perception du risque associé à la capacité à atteindre les résultats futurs projetés dans le cadre de la modélisation de son plan de financement (via la modélisation d’un TRI).


La méthode des multiples...

L’attrait de cette approche résulte de la possibilité de déterminer une valeur en comparaison directe avec des données de marché.

Cette approche à la faveur des professionnels du capital investissement et de nombreux groupes engagés dans un processus de croissance externe. Les « partisans » de cette approche en vantent souvent la simplicité et sa cohérence avec les prix observés sur le marché. Il est vrai qu’elle permet de situer la valeur d’une entreprise par rapport aux standards du marché ou du niveau de prix généralement accepté par les investisseurs. Ainsi, un investisseur sera parfois « rassuré » par un investissement réalisé en adéquation avec la perception du marché, quand bien même le marché surévalue un secteur d’activité ou que la société présente de nombreuses faiblesses par rapport aux principaux acteurs de la filière par exemple.


... et ses limites

La relative simplicité de cette approche en conduit certains à évaluer une société en faisant abstraction des fondamentaux de la société et des caractéristiques de l’échantillon retenus. Ainsi, de nombreuses limites sont observées dans la mise en œuvre de cette approche, en particulier :

- La difficulté d’identifier de réels comparables en termes d’activité, de taille, de croissance et de rentabilité. L’analyse du positionnement stratégique de la société à évaluer est alors fondamentale afin d’identifier un échantillon pertinent dans la mesure du possible.

- Lorsque l’échantillon est constitué de sociétés cotées, les PME et ETI n’ont pas nécessairement un flottant et une liquidité suffisante pour assurer la pertinence du cours de bourse.

- Les méthodes comptables hétérogènes entre les sociétés de l’échantillon et la société à évaluer peuvent conduire à créer de réelles distorsions. Ces divergences peuvent conduire à augmenter ou diminuer le multiple déterminé. De plus, l’information n’est pas nécessairement disponible pour pouvoir correctement retraiter les données comptables.

- L’ensemble des informations concernant l’échantillon retenu n’est pas nécessairement connu (dépenses exceptionnelles, troubles sociaux, nouveaux contrats ou pertes de contrats…).


L’approche multicritère, la règle chez les professionnels de l’évaluation

Les professionnels de l’évaluation retiennent généralement une approche multicritère pour évaluer une société. Cette approche est fortement recommandée par les différentes autorités professionnelles et la doctrine dont dépendent ces professionnels. Il en est ainsi des missions de commissariat aux apports et à la fusion, des expertises indépendantes AMF ou bien encore de l’évaluation à dire d’expert prévue à l’article 1843-4 du code civil.

Sur le plan pratique, l’analyse multicritère peut permettre de mettre en évidence des hypothèses irrationnelles ou trop optimistes (multiple très élevé qui impliquerait des hypothèses de croissance sous-jacentes significatives et fantaisistes…). Il est également important de souligner que, dans le cadre d’une approche multicritère, la méthode des DCF est majoritairement considérée comme la méthode à privilégier par les professionnels de l’évaluation. La méthode des multiples étant généralement utilisée à titre de recoupement, contrairement aux recommandations de l’IPEV. La méthode des DCF est également une approche fondamentale dans le cadre de la mise en œuvre des tests de dépréciation des actifs incorporels liés à des opérations de croissance externe ou sur la valeur des titres de participation.

Ne serait-ce qu’à titre de recoupement, les investisseurs peuvent avoir intérêt à modéliser un DCF préalablement à un investissement pour, au moins, les raisons suivantes :

- L’analyse des perspectives intrinsèques de la société peut conduire à modéliser un DCF et identifier le potentiel de création de valeur, au-delà de la perception du marché. Cette remarque sera d’autant plus vraie que l’échantillon retenu dans le cadre de la méthode des multiples est assez souvent imparfait.

- Anticiper les tests de dépréciation futurs au regard du business plan initial et des risques de « décrochages » des prévisions financières sous-jacentes.

- Prévoir l’impact possible des cas de sorties « conflictuelles » d’associés qui sont, assez souvent, traitées sous l’article 1843-4 du code civil. Conformément à la jurisprudence, l’expert désigné aura toute latitude pour choisir les méthodes d’évaluation qu’il juge pertinente. Ainsi, il pourra écarter les méthodes d’évaluation prévues dans les statuts en cas de sortie d’un associé (multiple prédéfini, application d’une décote automatique en cas de départ anticipé…). Rester sur le terrain du rationnel

Toutes les méthodes d’évaluation présentent des avantages et inconvénients. Le choix de la méthodologie devrait être une question de fait et non pas selon les préférences de chacun. Les méthodes retenues doivent permettre de situer la valeur d’entreprise dans une fourchette. Le prix, quant à lui, sera fortement influencé par une négociation entre les parties dans le cadre d’une opération de fusion/acquisition. L’approche multicritère aidera l’évaluateur de se représenter, dans la mesure du possible, le prix qui pourrait être obtenu par le jeu de l’offre et de la demande. Par contre, il sera difficile pour un évaluateur de modéliser les comportements « irrationnels », qui peuvent parfois être observés dans le cadre de négociation pour déterminer le prix de transaction d’une entreprise. En d’autres termes, l’évaluation doit rester sur le terrain du rationnel et l’approche multicritère doit aider l’évaluateur dans ce processus ; par contre, le prix est parfois irrationnel, une méthodologie isolée et obscure en constitue alors le socle. __

Article publié sur Corporate Finance News (http://www.cfnews.net)__

dimanche 18 novembre 2012

Les sociétés cotées doivent mieux justifier leur taux d’actualisation utilisé pour les tests de dépréciation des goodwill et incorporels

L’AMF vient d’émettre le 16 novembre 2012 sa recommandation relative à l’arrêté des comptes 2012. C’est dans ce cadre que l’AMF attire l’attention sur la nécessité, pour les émetteurs, de décrire en annexe la manière dont les taux d’actualisation sont déterminés et à s’assurer de la cohérence de ces derniers par rapport aux risques pris en compte dans les flux de trésorerie futurs.

L’AMF observe que les écarts entre la valeur de marché et les capitaux propres des sociétés s’accentuent en 2012, ce qui constitue un indice qu’une dépréciation peut être nécessaire. Les tests de dépréciation font appel au jugement de la direction. Il est donc important que les hypothèses retenues soient explicitées en annexe. Outre la nécessité d’apporter des indications sur les sensibilités des résultats à des variations d’hypothèses clés, notamment sur les hypothèses opérationnelles sur la durée du plan d’affaires, il est souligné l’importance de mieux justifier les taux d’actualisation retenus dans le cadre des tests de dépréciation.

Notre étude sur le coût du capital (taux d’actualisation) retenu par les sociétés du SBF120 (de 2008 à 2011) avait montré que les principales hypothèses du taux d’actualisation étaient peu motivées, voire aucun taux d’actualisation mentionné. Au final, nous observions que les taux d’actualisation avaient, dans la plupart des cas, peu évolués depuis 2008. Ainsi, le lecteur des rapports annuels dispose dans de nombreux cas d’une information limitée pour apprécier les critères justifiant l’absence de dépréciation (données opérationnelles des plans d’affaires limitées pour des raisons de confidentialité et peu ou pas d’explication sur les composantes du taux d’actualisation).

En conséquence, il apparaît souhaitable que les sociétés expliquent les principales hypothèses du taux d’actualisation, notamment sur le taux sans risque, le beta, le gearing, la prime de risque de marché, les primes de risque spécifique, le taux de la dette. Ces améliorations permettront d’apprécier de manière plus pertinente la sensibilité des incorporels (et donc de la valeur des fonds propres) aux variations du taux d’actualisation.

Nous verrons dans quelques mois si les "encouragements" de l’AMF auront suffi pour faire évoluer les pratiques actuelles de nombreux groupes cotés.

Philippe Campos Associé Afival

Article publié dans le Cercle Les Echos

mercredi 11 juillet 2012

Le coût du capital et les pertes de valeur des sociétés du SBF 120

Remarque préalable : notre étude exclut les données financières des banques et assurances.

Le coût du capital (ou WACC) traduit le coût de financement global de l’entreprise (et donc le taux de rentabilité minimum attendu des apporteurs de capitaux). Il est notamment utilisé dans le cadre de la mise en œuvre de la méthode d’évaluation financière des DCF afin de réaliser les tests de dépréciation des Goodwill (ou écarts d’acquisition). L’analyse des rapports annuels des sociétés du SBF120 de 2008 à 2011 montre que la conjoncture économique et financière en Europe ces dernières années a un impact modéré dans la modélisation du WACC. L’augmentation des pertes de valeur résultant principalement de la revue à la baisse des plans d’affaires.

Des Goodwills relativement significatifs

Il convient de souligner l’importance des tests de dépréciation des Goodwill dans les états financiers des sociétés du SBF120. En effet, les Goodwill nets représentent 15 % du total bilan et 65 % des pertes de valeur du SBF120. Parmi ces dernières sociétés citées, seules EDF et France Télécom ne voient pas leur résultat opérationnel diminuer ou devenir négatif. Les troubles causés par la crise des dettes souveraines sont souvent expliqués pour justifier des pertes de valeurs.

Cette importance des Goodwill traduit l’intérêt des sociétés du SBF120 pour les opérations de M&A dans leur stratégie de croissance, notamment à l’international. À ce titre, nous observons que ces opérations impactent assez sensiblement la trésorerie des sociétés, en particulier en 2011 : 22,5 milliards d’euros en 2011 contre 3,7 milliards d’euros en 2010 (impact net des cessions). Il est à noter que 2011 est impacté par la prise de contrôle de Genzyme par Sanofi pour un prix d’acquisition de 14,8 milliards d’euros se traduisant par la constatation d’un Goodwill de 4,1 milliards d’euros.

Le coût du capital, une donnée déterminante, qui évolue peu depuis 4 ans

Le coût du capital est reconstitué à partir de données de marché (taux sans risque, prime de risque de marché, de pays, coût de la dette…). Les composantes du coût du capital ne sont généralement pas présentées dans les rapports annuels. Néanmoins, nous avons pu observer certains éléments de référence, en particulier (2011) pour i) le taux sans risque dont le niveau moyen ressort à 3,5 % et ii) la prime de risque qui ressort à un niveau moyen de 5,5 %. Il est à noter que la prime de risque pays est assez couramment évoquée par les sociétés.

Dans le cadre de la détermination de certaines statistiques et afin de déterminer des valeurs comparables entre elles, nous avons retenu uniquement les WACC utilisés pour des zones géographiques homogènes (France et/ou Europe) et après impôt (cas le plus fréquent).

Nous observons que le coût du capital moyen utilisé par les sociétés du SBF120 (hors banques et assurances) se situe à ~8,5 % sur les 4 dernières années (8,8 % en 2008, 8,4 % en 2009, 8,6 % en 2010 et 8,4 % en 2011). Le graphique disponible sur notre site internet montre les moyennes spécifiques pour les secteurs les plus représentatifs tout en sachant que les différences de plus de 2 points sont relativement marginales. Il ressort de notre analyse que les crises économiques et financières n’ont que peu impacté le coût du capital des sociétés du SBF 120 (sauf certaines sociétés, telles que Carrefour Europe). Certaines sociétés justifiant par exemple que la hausse des primes de risque est compensée par une baisse des taux d’intérêt.

À titre de comparaison, le coût du capital moyen observé dans le cadre des offres publiques de 2011 (AMF) ressort à un niveau plus élevé : le coût du capital moyen identifié dans le prix d’offre publique est de 10,6 % (10,4 % en 2010). Rappelons que l’objet de ces évaluations est différent de celui des tests de dépréciation. En effet, les tests de dépréciation conduisent à constater des pertes de valeur dans les comptes consolidés en principe irréversibles alors que les évaluations réalisées dans le cadre d’offres publiques ont pour objet de justifier du prix de l’offre.

Une part d’activité à l’internationale élevée qui conduit, pour certaines sociétés, à constater des pertes de valeur significatives pour leur activité dans les pays où les mesures d’austérité sont les plus fortes

L’activité des sociétés du SBF120 est réalisée en grande partie à l’extérieur du territoire national (35 % au sein des autres pays européens, 15 % en Amérique et 8 % en Asie. Les sociétés utilisent généralement des taux spécifiques pour chaque activité et zone géographique. Le niveau d’information présenté dans les rapports annuels apparaît toutefois insuffisant. Sur la base des informations mentionnées, en Europe, les taux observés sont généralement plus élevés en Grèce, en Espagne et en Italie en 2011. Il est également utile de rappeler que la révision des plans d’affaires peut conduire à constater des pertes de valeur ; ce postulat a été observé en particulier en 2011 pour les pays "à risque" de la Zone Euro (ex. : Carrefour qui a passé une perte de valeur de ~2 milliards d’euros à la suite de la révision de son plan d’affaires en raison des mesures gouvernementales d’austérité en Italie et en Grèce).

Sauf exception, les zones de l’Europe continentale, l’Amérique du Nord, le Japon et l’Australie présentent des niveaux de WACC les moins élevés et comparables. Les zones géographiques présentant les WACC les plus élevés sont généralement l’Amérique latine (en particulier l’Argentine), certains pays d’Asie (Vietnam notamment), le Proche-Orient (Égypte, Liban et Turquie en particulier) et les BRIC. Il convient toutefois de noter que les plans d’affaires des pays "émergents" présentent généralement des taux de croissance (yc à l’infini) plus élevés que les pays "matures".

lundi 23 janvier 2012

Les WACC du SBF 120 en 2008 et 2009

Les incorporels identifiés à la suite d'une opération de croissance externe conduisent les sociétés cotées à réaliser des tests de dépréciation annuels, qui peuvent aboutir à constater en résultat une perte de valeur. La valeur d'utilité, qui est généralement retenue pour réaliser ce test, doit être estimée sur la base de la méthode des flux futurs de trésorerie actualisés. Un des paramètres fondamental de cette méthode est le taux d'actualisation utilisé qui correspond au niveau de rendement minimum attendu par un investisseur (le fameux WACC). Nous nous sommes intéressés aux pratiques des sociétés du SBF 120.

Le WACC, qui est reconstitué à partir de données de marché, représente le coût moyen pondéré du capital (CMPC ou WACC en Anglais, également appelé le coût du capital) et se détaille de la façon suivante :

  • Coût des capitaux propres : Il intègre un taux sans risque et une prime de risque systématique (prime de risque multipliée par le coefficient Bêta propre au secteur). Une prime de risque spécifique au pays ou à la taille de l'entreprise doit être intégrée le cas échéant (ex : Casino retient un WACC de 33,4% pour son activité au Venezuela et intègre donc une prime de risque pays significative).
  • Coût de la dette : Il s'agit du taux sans risque auquel un spread est ajouté afin de tenir compte du risque intrinsèque de la société. Le spread doit refléter les conditions actuelles du marché.

Le WACC doit en principe être calculé avant impôt. Il est admis de déterminer la valeur d'utilité à partir des flux de trésorerie calculés après impôt en considérant un WACC après impôt.

Les WACC utilisés pour chaque société peuvent différer d'une société à l'autre au regard des divergences de certains paramètres, tels que le niveau d'endettement. Ceci étant, les principaux paramètres utilisés pour déterminer les WACC sont souvent des données de marché. Ainsi, le « rendement minimum attendu » ne devrait pas être sensiblement différent pour une même activité (ex : le poids de la dette nette cible est généralement déterminé à partir de l'observation des comparables du secteur).

Dans le cadre de la détermination de certaines statistiques et afin de déterminer des valeurs comparables entre elles, nous avons retenu uniquement les WACC utilisés pour des zones géographiques homogènes (France et/ou Europe) et après impôt, qui est l'hypothèse la plus courante (54% des sociétés communiquent un taux après impôt, 15% un taux avant impôt, 17% un taux sans précision particulière et 14% sans mention du taux).

Le tableau ci-dessous récapitule les WACC moyens utilisés en 2008 et en 2009 par les sociétés du SBF120 (indice de février 2011) pour les secteurs les plus représentatifs : voir article magazine des affaires publié sur le site Afival.fr.

Nous observons que le WACC moyen utilisé par les sociétés du SBF120 (hors banques et assurances) est en baisse entre 2008 et 2009 puisqu'il passe respectivement de 8,8% à 8,4% ; cette tendance concerne la plupart des secteurs. A titre de comparaison, le WACC moyen observé dans le cadre des offres publiques de 2010 (AMF) ressort à un niveau plus élevé : le WACC moyen identifié dans le prix d'offre publique est de 10,4% et celui des experts indépendants en charge d'en apprécier le caractère équitable est de 9,5%).

Les WACC les plus élevés (>10%) résultent généralement de la prise en compte d'un risque pays spécifique ou d'une activité nouvelle (énergies nouvelles, activités web...). Les WACC les moins élevés concernent généralement des activités régulées (ex : activités régulées EDF). D'une manière générale, les activités « BtoB » présentent un « rendement minimum attendu » plus important » (ex : Wacc téléphonie particulier à 7,5% contre 8,5% pour la téléphonie entreprise chez France Telecom).

Article paru dans le Magazine des Affaires.

mardi 13 juillet 2010

Déficits fiscaux et taux d'actualisation

La plupart des entreprises et professionnels comptables et financiers ont aujourd'hui intégré la nécessité d'intégrer dans la valorisation l'effet positif de l'économie d'impôt qui peut-être généré par l'existence de déficits fiscaux reportables. Néanmoins, certaines problématiques qui y sont attachées sont parfois éludées, dont certaines sont mentionnées ci-dessous.

Un principe de base à respecter : La capacité de l'entreprise à apurer ses déficits fiscaux

La prise en compte des déficits fiscaux doit être réalisée sous la réserve de respecter un principe de base, tel que cela est prévu par le référentiel comptable international (norme IAS 12 dans un contexte d'activation de l'impôt différé), qui précise qu'un actif d'impôt différé doit être comptabilisé « dans la mesure où il est probable que l’on disposera de bénéfices imposables futurs sur lesquels ces pertes fiscales et crédits d’impôt pourront être imputés ». Ce principe apparaît évident, mais parfois oublié par certains ! Le retour aux bénéfices de la société doit, par conséquent, être corroboré par des facteurs rationnels et envisagé sur la période explicite.

Distorsion Comptabilité (internationale)/Evaluation financière

Il est à noter qu'une certaine distorsion peut exister entre une valeur réelle sous référentiel "comptable" et une appréciation plus économique de la valeur des déficits fiscaux. On peut citer un exemple assez caractéristique de la norme IAS 12, qui prévoit que les actifs d'impôts différés ne doivent pas faire l'objet d'une actualisation. Personnellement, je considére que, dans un contexte d'évaluation financière (hors problématique comptable), l'actualisation des déficits fiscaux doit être réalisée en cohérence avec les flux sur lesquels ils s'imputent.

Les normes comptables internationales traitent distinctement l'évaluation des déficits fiscaux et celle des actifs corporels, incorporels et goodwill (je vise, au cas particulier, le cas des tests de dépréciation prévus dans le cadre de la norme IAS 36). Ainsi, dans le cadre d'une évaluation au "format" IAS36, les flux de trésorerie sont appréhendés hors impôt sur résultat et, de manière symétrique, le taux d'actualisation doit être estimé avant impôt. En pratique, de nombreuses sociétés déterminent des flux de trésorerie et un taux d'actualisation après impôt, tout en mentionnant dans l'annexe le taux d'actualisation avant impôt, qui est déterminé par itération.

Les déficits fiscaux doivent-ils influencer le coût du capital ? La plupart des évaluations utilise un taux d'actualisation figé sur la période explicite et sur la période à l’infini (utilisé pour l’estimation de la valeur terminale). Il est vrai que d'un point de vu pratique, il est difficile d'envisager un taux d'actualisation distinct pour chaque année sur l’ensemble des flux projetés (l’infini, c’est long !). Néanmoins, il apparaît pertinent, voir indispensable, d'intégrer des variables non figées sur le coût du capital (sur les flux de la période explicite et sur le flux normatif), dès lors où celles-ci sont susceptibles d'influencer la valeur.

Le coût de la dette, qui est une des variables du coût du capital, tient compte de l'économie d'impôt sur le résultat qui est générée par la déductibilité des charges financières. Ainsi, les années déficitaires d'un business plan (cas d'une start-up ou d'une société en retournement), le coût du capital devrait être estimé sans intégrer d'économie d'IS puisque celle-ci n'existe pas. Le choix de ce retraitement dépendra également de l'importance relative de la dette (par rapport aux fonds propres) et de la capacité prévisionnelle de la société à récupérer ses déficits fiscaux dans un horizon raisonnable. En effet, plus la société sera endettée sur une période à court/moyen terme, plus l'impact de ce retraitement sera important. Dans tous les cas, cette problématique ne doit pas être éludée, car elle est susceptible de conduire à une minoration du taux d'actualisation et, par conséquent, de survaloriser la société, objet de l'évaluation.